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Wakandha : trois mois après le lancement du réseau social gabonais, que devient-il ?

Par Maëlla Séna Kassa Mbenga
Wakandha

Vous êtes nombreux a avoir prédit sa mort prématurée. Dès le lancement de Wakandha, la toile gabonaise s’est déchaîné et j’ai pu lire de tout ! Pourtant rien de bien nouveau chez le socionaute gabonais. A l’image de ce qu’ils sont dans la vie réelle, leurs avis ont été négatifs… très, très négatifs. Et c’est peu de le dire ! Car, étant amie sur Facebook avec Kenneth J. LENDOYE, le cerveau à la tête de ce réseau social, j’ai pu assister à une vraie chasse aux sorcières de la part de certains “grands” penseurs virtuels. Ça relevait à la limite du harcèlement, tellement c’était à toutes les sauces que l’équipe de Kenneth et lui étaient mangés.

Moi qui suis assez observatrice, j’ai pris mon temps avant de faire cet article. J’avais en effet besoin de prendre du recul face à tout ça. C’est donc la raison pour laquelle, mon avis, annoncé il y a trois mois, ne parait que maintenant. 

Wakandha, 1er réseau social gabonais ? Non… Il y en a eu avant.

Alors, oui ! Je vais peut être en étonner plus d’un, mais Wakandha n’est pas le premier réseau social gabonais qui a eu la vocation d’être centré sur nous, les africains. Avant lui, il y a eu Ilemba de Willy Leonnel MABEHANG MEVOUNG, ce jeune informaticien et programmeur gabonais. Et même qu’au moment où j’écris cet article, on souffle à mon oreillette qu’avant lui, il y a eu un autre qui s’appelait Kongossa.

Bref ! Créé en 2011, c’est en 2013 qu’Ilemba a été lancé officiellement. Et l’année suivante, le réseau social gabonais a enregistré l’inscription de près de 25 000 membres. Mais, alors ? Qu’est-ce qui explique l’échec de ce réseau social alors que les choses semblaient aller dans le bon sens ? Je suis allée cueillir la réponse à la source.

Willy m’explique :“Ilemba a été retiré du web pour plusieurs raisons. Tout d’abord, par manque de moyens : plus il prenait de l’expansion plus ses charges étaient élevées. Ne pouvant plus le financer par mes propres moyens, je l’ai retiré. Il y a aussi l’aspect socio-politique. Un homme politique m’a dit un jour que le Gabon ne s’attendait pas à ce qu’un gabonais puisse créer ce type de produit. Il est mieux de prendre un réseau social étranger plutôt que celui d’un gabonais à cause de toutes les règles qui régissent ce type de produit en matière de communication.”

On comprend aisément, à la suite de ces explications que les entrepreneurs tech évoluent dans un écosystème qui n’est pas propice à leur explosion. 7 ans après la débacle d’Ilemba, les techpreneurs se battent encore à faire exister un véritable tissu technologique. L’infrastructure permettant son expansion étant quasi inexistante. La connexion insupportablement chère, zéro fab labs dignes de susciter ou d’encourager l’esprit inventif des jeunes gabonais. Bref, le désert total ! Ou presque…

Ce n’est pas monsieur MABEHANG MEVOUNG qui me dira le contraire. “Ce que j’ai retenu de cette aventure, c’est que le Gabon a des ressources. Je ne suis pas le plus fort, ni le plus intelligent, mais j’ai essayé. Et, même si ça n’a pas marché ce n’est pas grave ! J’ai, durant mon expérience, côtoyé de jeunes gabonais qui étaient brillants. Malheureusement, on ne veut pas leur laisser l’occasion d’exprimer leurs talents.”

Wakandha, la passion comme moteur…

Je ne vais pas vous mentir. Quand j’ai vu le nom de cette application, mon cerveau a certainement réagi comme le vôtre : “Putain, c’est quoi ce délire ? Ils ne pouvaient pas se montrer plus créatifs ?” Les codes couleurs, la typographie… tout ne ramène qu’à un grossier plagiat. Ça ne m’a pas beaucoup enthousiasmée au début je l’avoue. Je ne l’étais d’ailleurs toujours pas quand ils ont ouvert leur capital aux investisseurs privés. 

Wakandha

Kenneth J. LENDOYE

Puis, j’ai vu l’énergie qu’ils ont mis à communiquer. Tous ces jeunes réunis autour d’une idée, d’une vision… L’embarquement de certains partenaires (comme JC DECAUX) à bord du bateau Wakandha. Je l’ai dit au micro de Gabon 24, dès cet instant mon attention a commencé à être titillée.

C’était donc tout à fait logique que je réponde par l’affirmative à l’invitation pour le lancement de Wakandha le 28 février 2020. J’avais envie d’être là et d’assister à l’enfantement d’une idée, la concrétisation d’un rêve. Je voulais voir si Kenneth J. LENDOYE aurait la flamme dans le regard. Cette flamme qu’ont toutes les personnes qui ont en commun la passion comme moteur. Je n’ai pas été déçue.

Un lancement qui a tenu ses promesses

Déjà j’ai été interpellée par le fait que deux ministres de la république aient effectué le déplacement. Il faut vraiment avoir le long bras, ou avoir “simplement osé” comme Dorice KOMBI MADANGOU, le monsieur relation publique de Wakandha me l’a toujours répété, pour arriver à déplacer des membres du gouvernement.

Après l’intervention des illustres invités, la parole a été donnée à la star du soir afin qu’il pitche son produit. Durant cet exposé, Kenneth J. LENDOYE n’a pas manqué d’exposer son curriculum. Programmeur informatique certifié Microsoft, Webdesigner, Infographe, le fondateur de Wakandha a évoqué ses différentes collaborations dont l’une des plus notable est la conception de l’application VINTED.

Wakandha

De prime abords, comme s’il s’y attendait, Kenneth a tenu à rassurer l’assistance sur le nom Wakanda, qui est un nom déposé. Il a affirmé avoir accompli toutes les démarches nécessaires auprès de la maison Marvel afin d’obtenir les autorisations nécessaires. Une inquiétude levée, même si je reste convaincue qu’un autre nom, plus original, aurait été mieux accueilli. Le client doit pouvoir s’identifier au produit.

3 mois après le lancement, qu’est-ce qui semble bloquer Wakandha ?

Au lieu de verser dans la spéculation, je me suis rapprochée de Kenneth pour avoir la bonne information. Grâce à cette démarche, j’ai compris que l’équipe de Wakandha était en réalité très réduite. Sur le plan technique, le jeune entrepreneur évoluait tout seul. Les partenaires extérieurs qu’ils ont, ne les assistent beaucoup plus que pour les aspects maintenance et sécurité. Ainsi, la mise à jour annoncée a pris plus de temps que prévu.

Outre le côté technique, il y a la communication. “Nous avons cessé de communiquer de façon active autour de Wakandha. Parce que, dès la première mise en ligne, nous avons pris en compte les retours des utilisateurs. Nous nous sommes concentrés sur la correction des bugs, l’amélioration de la plateforme, etc. C’est ce silence qui a un peu freiné les adhésions.”  m’explique Kenneth.

En dehors de ces aspects, monsieur LENDOYE affirme que son entreprise se porte très bien et se vend toute seule au niveau panafricain. “Deux mois plus tard, Wakandha c’est près de 14 000 utilisateurs et 8 000 utilisateurs actifs. Pour rebondir, nous avons prévu de mettre à la disposition du public la nouvelle mise à jour optimisée avec plus de fonctionnalités. Wakandha a déjà signé des partenariats qui permettront aux commerçants et aux influenceurs qui sont sur le site de vendre leurs produits et de recevoir l’argent sur une Mastercard dédiée, partout où ils se trouvent dans le monde. Avec DHL, le partenariat est en bonne voie pour permettre aux vendeurs de livrer partout. Que ça soit en locale ou à l’international. Il faut rappeler aux gens que Wakandha c’est divertissement plus business. Nous avons une vision et nous allons quelque part. Nous allons nous battre pour y arriver ! Le plus difficile pour nous c’est de faire en sorte que les gens continuent de s’intéresser à Wakandha. Nous sommes rassurés parce que, malgré le silence, les utilisateurs augmentent. Donc c’est intéressant.”

Wakandha est-il un projet viable ?

C’est une question à laquelle seuls les experts peuvent réellement répondre. Ceci dit, au regard du peu d’éléments que j’ai en ma possession, je dirais que mon avis est partagé. Pourquoi ? Parce que, premièrement comme je l’ai montré plus haut, l’environnement gabonais n’est pas propice à l’explosion des startups. Tout est compliqué ici ! 

J’aime l’idée d’un réseau social africain qui va certainement utiliser les codes de chez nous. Mais, le choix du nom et de toute leur identité fait que certains potentiels utilisateurs sont réticents. Parce que ces derniers ont du mal à se l’approprier ce réseau social. 

Sur un plan tout à fait technique, je ne sais pas si le canevas du montage d’un business a été respecté. C’est à dire Business Plan et Business Modèle. Ou s’ils fonctionnent à l’instinct. Le soir du lancement, j’ai demandé comment ils comptaient gagner de l’argent avec leur entreprise. J’ai obtenu la réponse à ma question plus tard. En gros, Wakandha développera une marketplace et on pourra faire de la publicité sur laquelle ils vont marger… comme sur les réseaux sociaux traditionnels. Chouette ! Mais, quel est donc notre intérêt à nous de quitter un fournisseur qui offre déjà le même service ? Et très bien d’ailleurs !

Des fonctionnalités inédites… Ok. Mais encore ?

Lors de son exposé, Kenneth a présenté une panoplie de fonctionnalités toutes aussi charmantes les unes que les autres. Des commentaires audios, le choix du mode pour son profil, les émojis typiquement africains, etc. 

Je ne sais pas… A-t-il intégré ces fonctionnalités par rapport à ses besoins à lui ? Ou bien, a-t-il procédé à une étude des besoins des utilisateurs ? Créer une entreprise nécessite de partir d’un besoin existant.

Une fonctionnalité pertinente serait par exemple, une option de traduction de nos publications en langues vernaculaires. Cela nous permettrait, à nous autres déracinés (et pas fiers de l’être) d’apprendre de manière tout à fait ludique. Les commentaires audios, oui ! Pourquoi pas ? Mais, limiter la durée à 1 minute. Parce que déjà, il y en a qui écrivent des romans entiers avec tomes en commentaires… Qui prendra le temps d’écouter de longs audios, parfois sans véritable utilité ?

Ma grosse inquiétude c’est donc l’intérêt que les utilisateurs trouveront à utiliser Wakandha alors qu’en terme de réseaux sociaux, ils ne chôment pas. Dans cet article de Rudy Viard, que j’ai trouvé super pertinent, l’intérêt des utilisateurs est primordial pour qu’un réseau social accroche. 

Wakandha

Un autre point crucial est la définition d’une boucle virale. Je ne suis pas une pro dans le domaine. Mais à en croire Rudy Viard, il faudrait faciliter et encourager les inscriptions en définissant un moyen qui fera connaître Wakandha sans fournir de gros efforts. Tik Tok est un exemple dont il faudrait s’inspirer. Fun et addictive, cette application permet à l’utilisateur de carrément se lâcher. Au fil des ans, cette folie, les réseaux sociaux traditionnels l’ont quelque peu perdue. 

Wakandha travaille beaucoup le côté business et néglige le divertissement. Or, c’est le divertissement qui ramène les utilisateurs en masse.

Tout comme pour créer une boulangerie dans une zone géographique où il en existe déjà, on doit s’assurer qu’on apporte une valeur ajoutée en termes d’offres, de qualité, ou de prix pratiqués, Wakandha devrait repartir vers les utilisateurs et leur demander ce qui leur manque sur Facebook, Twitter, Instagram et autres. De cette manière leur produit collera plus à leur réalité et sera donc facilement accepté.

Un autre point c’est la sécurité…

Ce point est crucial pour la jeune startup numérique. Les données personnelles sont devenues un gros business dans le digital. Quelles garanties offre réellement Wakandha en terme de protection des données personnelles ? Il faut être transparent au maximum sur cette question pour rassurer les utilisateurs. Une amie blogueuse m’a même fait rire aux éclats une fois lorsqu’elle donnait son point de vue sur la question. “Je ne veux pas que mes données soient utilisées pour voter le PDG. Les élections c’est en 2023 et on se connait dans ce pays.” a-t-elle lancé.

Il y a toutefois quelques points positifs sur Wakandha depuis mon inscription il y a 3 mois. Le processus de connection s’est nettement amélioré. Les comptes peuvent être certifiés et les photos semblent ne pas être téléchargeables. Pour ma part, cette facilité qu’on a de créer de faux profils sur les réseaux sociaux classiques mérite d’être corrigé. Quelqu’un un matin peut se réveiller et usurper ton identité tranquillement sans être inquiété et se permettre de publier des cochonneries et ainsi ternir ton image au passage. Le fait que les images que nous publions puissent être téléchargées par tout le monde et utilisées parfois dans des contextes sordides est vraiment lamentable.

En définitive, que doit-on retenir de ce long article ?

À mon humble avis, Wakandha peut et doit faire des étincelles. Je crois que, bien mené, ce projet a toutes les chances d’exploser. Toutefois, pour arriver à ce résultat, il faut que l’équipe canalise et oriente sa stratégie vers la satisfaction des besoins réels des africains. Oui, ne pas se limiter au marché local qui est très fermé. Penser même à trouver le moyen de se développer au Rwanda qui est devenu notre Sillicon Valley africaine. Why not ?

Cet article est une analyse “critique” d’un projet qui se veut panafricain. Consciente de ne pas avoir la science infuse, je pense néanmoins qu’il pourrait aider Kenneth et son équipe. Parce que pour moi, c’est la seule vraie démarche qui doit exister. Dire ce qui semble ne pas marcher et faire des propositions. Ce n’est pas tout de faire les experts et démonter les projets des autres. Surtout quand on ne voit pas ce que vous-même vous faites d’extraordinaire.

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