Accueil Agriculture/Elevage Souleymane AGNE, cet agripreneur qui cultive des fraises au Sénégal.

Souleymane AGNE, cet agripreneur qui cultive des fraises au Sénégal.

Par Maëlla Séna Kassa Mbenga

Bonjour à tous, chers viseurs ! Nous sommes lundi et en ce début de semaine je vous souhaite vivement de faire de belles rencontres. Le type de rencontres qui illumineront votre vie à tout jamais.

De mon côté, j’amorce cette semaine, avec beaucoup de punch. J’en aurai besoin si je veux continuer à vous régaler de “news” de ces Africains qui se démarquent.

Aujourd’hui, je vous parle d’agriculture. Nous savons tous déjà que l’Afrique est riche de son sol et sous-sol. Toutefois, pendant longtemps, on nous a fait croire que certaines plantes ne pouvaient y pousser. La conscience collective a donc fini par accepter que les pommes, fraises, raisins et autres ne pouvaient s’adapter à notre climat ensoleillé, désertique ou pluvieux. C’est selon les régions.

Certains africains, ceux de la génération qui ne croit plus en l’impossible, ont décidé de tuer ces “interdits” et de relever le défis de la culture de ces espèces “européennes”. C’est le cas de Souleymane AGNE.

Ce jeune homme est un entrepreneur agricole sénégalais, et qui est surtout connu pour avoir “osé” faire pousser des fraises dans son pays. A la tête de FraiSen, il enchaîne les reconnaissances sur le plan continental et international. Je vous laisse découvrir l’interview exclusive qu’il m’a accordée.

 

VisezLaLune : Bonjour Mr. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Souleymane AGNE : Mon nom est Souleymane AGNE. Je suis agronome de formation et entrepreneur agricole. Je me suis lancé dans l’agriculture après avoir abandonné mes études en droit en 2011. Depuis 5 ans déjà, je suis dans l’entrepreneuriat agricole et ça m’amuse de créer, d’innover et de lever des challenges.

 

VLL : Parlez-nous de FraiSen.

Souleymane A. FraiSen est une entreprise créée par un groupe de jeunes africains déterminés à promouvoir les produits africains. Donc ce n’est pas mon entreprise à moi tout seul, mais plutôt une entreprise mise en place par des jeunes africains dont l’objectif est de valoriser les produits du terroir.

FraiSen est un regroupement de deux mots. Fraise et le diminutif de Sénégal (Sen). L’idée est de marquer la provenance de nos produits et montrer que c’est un produit purement africain.

 

VLL : Vous exercez dans un domaine d’avenir pour l’Afrique. Depuis quand et comment vous vient l’idée de planter des fraises ?

Souleymane A. L’idée je l’ai eu en 2011. Il était difficile pour moi de rester dans un même cercle ou on  doit toujours faire la même chose, planter les mêmes cultures chaque année. Je me suis dit, il est temps de changer les choses, de proposer quelque chose d’unique et rare. C’est après avoir regardé une émission à la télé sur la fraise que je me suis dit que c’était la culture à expérimenter. C’est là que j’ai débuté mes tests en 2011. Après avoir maîtrisé pas mal d’aspects techniques, j’ai décidé de me lancer sur 2 000 m2 en 2016, puis 1 ha en 2017.

 

Souleymane AGNE dans un de ses champs de fraises.

L’objectif était surtout de montrer à travers cette culture que l’impossible n’existe pas. J’avais comme désir de créer une émulation derrière ce genre de cultures, qui sont rares au Sénégal.  Il fallait prendre le risque, je l’ai pris. Cela juste pour ouvrir les yeux des autres et montrer aux jeunes africains que c’est possible en Afrique de faire des fraises bios.

 

VLL : Des fraises c’est assez atypique comme culture et surtout vous levez un mythe sur la culture de certaines plantes jugées trop « européennes » pour pousser sur le sol africain avec nos conditions climatiques. Comment le public accueille cette africanisation des fraises ?

Souleymane A. Le public apprécie bien cette africanisation des fraises. Pour précision, je ne suis pas le premier à faire de la fraise en Afrique, ça se fait au Burkina Faso. J’ai simplement apporté une touche innovante dans cette filière. J’avais juste pour objectif de changer la perception des africains sur certaines cultures jusque-là jugées impossibles en Afrique.  La fraise est juste une première expérience, mais il y’a d’autres cultures qui sont en étude. Notre objectif est de montrer au grand public le potentiel énorme que renferme notre continent. Et que l’unique chose qui nous manque c’est cet audace de prendre des risques et oser innover.

 

VLL : Est-ce que vous plantez autre choses que des fraises ?

Souleymane A. Oui nous travaillons sur certaines cultures comme le cacao, la framboise, le kumkawt, limkawt, la pomme etc. L’objectif est de domestiquer toutes les cultures européennes en Afrique. Nous avons juste pour mission d’ouvrir les yeux des jeunes africains et exposer cette richesse première qui est notre terre.

 

VLL : Nous avons vu que vous avez été primé à plusieurs reprises… Citez-les nous ces prix et le rôle qu’ils ont permis de jouer concrètement dans votre vie d’entrepreneur.

Souleymane A. Oui, j’ai reçu pas mal de prix. Je peux citer le prix:

  • Entrepreneurship is Great organisé par l’Ambassade de la Grande Bretagne en collaboration avec le British Council et la Sonatel en 2013 au Sénégal ;
  • Promesse Sénégal organisé par Synapse Center en 2013 au Sénégal ;
  • Business startup organisé par GIVE1PROJECT en 2013 au Sénégal ;
  • Inter école de la meilleure idée de projet organisé par CESAG en 2013 au Sénégal ;
  • GREAT ENTREPRENEUR organisé par le British council, l’ambassade de la Grande Bretagne en collaboration avec la RTS1 et le NESCAFE en 2014 au Sénégal ;
  • Saga Hub Africa organisé par CJD en 2016 à Casablanca ;
  • Falling Wall 2014 organisé par la Fondation Naumann au Sénégal ;
  • Forum Jeunesse Sénégal organisé par l’Ambassade de la France en 2017 ;
  • Agrihack organisé par le CTA en 2017 à Abidjan ;
  • African Digital Award, Startup Agro/Environnement en 2018 organisé par le SIISNA au Bénin… pour ne citer que ceux-là.

Tous ces prix ont contribué à me donner plus de crédibilité, de visibilité, de bénéficier des réseautages et des formations qui restent toujours un plus dans le développement de mon entreprise. Mais, il est des fois dangereux de courir derrière les prix et les distinctions car ils peuvent vous désorienter de vos objectifs. Il est beaucoup plus intéressant de laisser les prix courir après vous que de courir après les prix.

 

VLL : Faut-il absolument être primé pour arriver à lever les fonds nécessaires afin de lancer son activité ?

Souleymane A. Non. Au contraire, comme je viens de le dire chercher à se faire primer pour lever des fonds peut s’avérer être un danger. Il est plus important de bien mûrir son projet et partir avec les moyens de bord. Après avoir fait des réalisations et prouver que votre business marche, vous n’aurez plus besoin de chercher des investisseurs. Ceux sont les investisseurs qui vont courir derrière vous. Il est préférable, de rester dans son coin et de parfaire un projet qui à lui seul pourra révéler son potentiel.

Souleymane AGNE

VLL : Où pouvons-nous trouver vos produits ?

Souleymane A. Pour le moment, nous faisons du champ au client. C’est notre stratégie pour parfaire notre produit. Nous cherchons à avoir le feedback direct de nos clients finaux afin de connaître les failles de nos produits et y apporter des corrections. Après avoir développé notre formule magique, nous chercherons à placer nos produits dans les grandes surfaces et implanter nos propres boutiques de vente.

 

VLL : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées en démarrant votre activité ? Quels sont vos challenges aujourd’hui ?

Souleymane A. Si je me mets à parler des difficultés rencontrées on risque d’écrire un livre. Je peux juste dire que le manque de financement et de trouver les associés idéaux m’ont coûté des années de retard et d’échec. Donc pour moi l’expertise ne manque pas, la connaissance est désormais accessible avec le net, mais c’est plutôt trouver les moyens financiers et les personnes qui partagent ta vision des choses qui restent compliquer.

 

VLL : Avez-vous des projets pour le futur ? Si oui, lesquels ?

Souleymane A. Oui j’en ai pas mal. Mais tous mes projets ont un point de convergence : celui de valoriser et donner à l’agriculture africaine sa place de leader mondial. Et pour y arriver il faudra créer une communauté. Je cherche, avec des projets différents, à bâtir ce futur réseau de leaders paysans qui gravite autour de la nouvelle technologie.

 

VLL : Adressez-vous à la jeunesse africaine. Dites aux gens pourquoi ils devraient se lancer et écouter leur cœur, vivre leur talent.

Souleymane A. Lorsque vous avez un projet et que vous décidez d’entreprendre, les premières personnes vers qui vous vous tournez pour bénéficier d’un appui financier sont généralement vos proches: vos parents, les tantes, les oncles, frères, beaux-frères, cousins, cousines… Parce qu’en réalité, ceux qui sont en mesure de vous appuyer, ces entreprises nanties qui rivalisent de créativité en concours et compétitions de tout genre, celles-là qui jugeront votre projet « fort intéressant » refuseront toutefois de vous soutenir. Tantôt parce qu’elles pensent que vous n’êtes pas en mesure de porter un projet, tantôt parce que votre projet est trop simple ou trop utopiste pour être concrétisé.

“Voyons ! Comment pourriez-vous réussir là où personne auparavant ne s’était aventuré à poser les pieds ?” Voilà ce qu’ils se disent dans leur tête. Certains iront quand même dans une mauvaise foi sans commune mesure, jusqu’à vous demander de patienter, d’attendre encore et encore, tout en sachant qu’ils ne vont jamais vous appuyer. Mais c’est à ce moment-là que votre vie toute entière prend du sens ! Ce moment fatidique où vous vous décidez à y aller, à entreprendre vaille que vaille pour que vos initiatives se concrétisent.

Vous devenez un ENTREPRENEUR !

Mettons de côté les cours théoriques appris dans les grandes écoles et concentrons-nous sur votre vision. Cet instant ultime où vous prenez la décision, avec rien de plus que votre motivation, votre engagement, votre abnégation face aux sacrifices et votre persévérance, d’y aller.

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