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Pourquoi les gabonais échouent dans leurs entreprises ? (1)

Par Maëlla Séna Kassa Mbenga

Si tu as cliqué sur ce lien, c’est soit que tu aimes le kongossa (rires), soit tu as envie de confirmer ce que tu sais déjà, ou alors tu es à la recherche d’informations qui te permettraient d’éviter de tomber dans les pièges qui jonchent le chemin des entrepreneurs gabonais (et peut être africains qui sait ?).

Bonjour et bienvenus dans l’instant coaching. Cette rubrique que j’ai quelque peu délaissée au profit des portraits d’entrepreneurs que je rencontre au fil des jours. Je suis entrain d’y remédier. Et donc, vous aurez plus souvent ici, mes coups de gueule, conseils, trucs et astuces… pour vous aider à vivre la vie que vous désirez.

Dans cet article, je vais vous interpeller sur les observations que je fais au quotidien dans le domaine entrepreneurial et qui,  selon moi, font que les gabonais se ramassent en beauté dès qu’ils se lancent dans une entreprise, quelle qu’elle soit.

Vous vous demandez qui je suis pour vous pondre cet article ? Quel est mon expertise pour oser parler de ça ? Si vous vous posez ces questions, c’est que cet article vous concerne plus que jamais (lol).

Cela fait plus d’un an que je tiens ce blog. En un an, j’ai côtoyé beaucoup d’entrepreneurs. J’ai été au contact de la misère dans laquelle certains vivent. J’ai vu combien ils peinent à vivre de leur business, de leur talent, de leur passion. J’ai compris qu’entre les théories des livres et la pratique sur le terrain, le fossé est abyssale au Gabon. Oui, je pense donc avoir la légitimité pour écrire sur un tel sujet.

Je suis convaincue d’une chose, c’est que l’Afrique a des potentialités énormes. C’est le continent de l’avenir. Cependant, il y a des forces que je serai tentée de qualifier de surhumaines, qui freinent le développement de notre continent. Pour vous en parler, je vous invite à fermer vos yeux quelques instants et à vous placer du point de vue de l’entrepreneur. Ca y est ? C’est fait ?

Ok ! Vous êtes donc un entrepreneur et vous venez de lancer sur le marché votre produit ou service. Voici, pourquoi vous risquerez d’échouer au bout de la première année.

 

Le pays là fatigue…

1 – Zéro mesures incitatives.

Ou sinon, très peu de mesures pour inciter les gens à se lancer. Moi, j’entends par mesures incitatives, par exemple le fait de ne pas avoir d’impôts à payer au moins pour les 3 premières années de la vie de son entreprise. Ces années sont les plus cruciales dans la vie d’une jeune pousse.

En effet, une entreprise nouvellement créée est assimilable à un nouveau-né. De même que le bébé a besoin de vaccins pour renforcer ses défenses immunitaires, de même la jeune entreprise a besoin de minimiser ses charges d’exploitation pendant les premiers instants de sa vie.

Mais en fait, en cherchant, j’ai découvert que cette mesure existe. Oui oui. Sur le site de la Direction Générale des Impôts on peut lire la liste des mesures incitatives décidées par l’Etat Gabonais. J’y ai appris que pendant 5 ans, les entreprises nouvellement immatriculées peuvent être exonérées de certains impôts et taxes. Pour ce faire, il faut que votre entreprise soit, je cite “admise au régime particulier des PME/PMI dans les conditions prévues par la loi n°16/2005 du 20 septembre 2006 portant promotion des PME et des PMI, pour les cinq (5) premières années de son activité.” Cette admission se fait-elle d’office ou faut-il la demander ?

Cette question nous conduit inéluctablement vers le deuxième point.

 

2- Zéro accès à l’information.

J’ai interviewé une jeune dame une fois. Lorsque je lui ai demandé, comme j’ai coutume de le faire, quelles sont les difficultés qu’elle a rencontrées quand elle s’est lancé, elle m’a répondu cash : “L’accès à l’information ! C’est dur d’avoir la bonne information qui te permette de prendre la bonne décision.”

Eh oui ! Aucune données statistiques pour réaliser des études de marché fiables et réelles. Aucune information sur la forme juridique qui sied à tel ou tel type d’entreprise. Quels taxes et impôts pour tel ou tel autre type d’activité ?

Quand vous allez dans les administrations qui sont sensées vous donner ces informations, les agents semblent eux-mêmes ne pas avoir la bonne information. Ils s’embrouillent dans des approximations qui vous perdent encore plus. Résultat, vous sortez de là sans l’information recherchée.

Sinon, vous payez pour l’avoir. Oh que oui ! Pour une information sensée être publique, les entrepreneurs sont parfois obligés de payer des agents publics de l’Etat. Abordons cette question dans le point suivant.

Ça n’a rien à voir mais, je fais ma miss ! Y a quoi même ? (Rires)

3- La corruption, ce cancer qui tue l’initiative privée dans l’œuf.

Pour vous faire un schéma, j’ai croisé une autre jeune femme (c’est d’ailleurs bizarre que ce ne soit que les femmes qui ont ces expériences. Dois-je creuser la question ?)… Cette jeune femme, disais-je donc, a ouvert sa boutique de fruits et légumes à Port-Gentil, la capitale économique.

Alors qu’elle me partageait son expérience, j’ai appris que lorsqu’elle a voulu se constituer légalement et payer la patente au titre du démarrage de ses activités, elle est tombée sur un agent au Gouvernorat de la province, qui lui aurait donné un montant exorbitant à payer. N’eût été sa vigilance, elle aurait casqué sévèrement ce jour. Heureusement pour elle, elle s’est souvenue qu’elle connaissait quelqu’un qui travaillait dans cette administration. C’est cette personne qui finalement, lui donnera la bonne information.

Vous pouvez aisément imaginer ce que ceux qui n’ont pas de parents dans ces administrations doivent vivre.

 

4- Un accès au financement aussi ouvert que les culottes de Mère Thérésa.

Tous les entrepreneurs sont unanimes : IL N’Y A PAS D’ARGENT POUR EUX ET LEURS PROJETS ! Les banques sont frileuses à l’idée de prêter du fric à des projets dont l’avenir est incertain.

L’Etat de son côté essaie tant bien que mal à mettre en place des concours et des fonds d’aide pour accompagner les entrepreneurs. Cela reste néanmoins insuffisant.

Quand on sait que ce sont les banques de développement qui sont sensées soutenir les efforts entrepreneuriaux dans un pays, la question qui me vient à l’esprit c’est : qui pensera à redresser la barre de la Banque Gabonaise de Développement ? Je ne souhaite pas rentrer dans des considérations politiques, mais dans un pays qui se respecte, cet outil aurait aidé l’initiative privée.

Aujourd’hui, la seule alternative que les entrepreneurs locaux ont, c’est de se lancer sur fonds propres, avec tout ce que cela implique comme sacrifices tant sur les plans individuels que familiaux.  C’est un véritable parcours du combattant !

 

5- Des conditions de productions exécrables.

Si on a pas de financements, la conséquence logique est de faire avec les moyens de bords.  C’est à dire que très souvent cela revient à faire de la production artisanale. Or, dans ces conditions, il est difficile, voir impossible de produire de la qualité et en quantité. Ce qui explique que les produits locaux soient inaccessibles et tout ça dans un packaging qui ne fait pas envie à grand monde.

L’approvisionnement c’est une toute autre paire de manches. Si vous avez le “malheur” de commercialiser un produit dont certaines composantes ne sont pas disponibles en local, vous devez les acheter à l’étranger.

Et même, pour ceux qui ont besoin de matières premières locales, ça reste assez compliqué. Je vais prendre le cas de mon ami, devenu frère, qui vend de l’odika (chocolat traditionnel) transformé. Sa principale difficulté est de trouver, puis d’acheminer les sacs de mangues sauvages jusqu’à son lieu de transformation.

Là aussi c’est un chantier qui ne dit pas son nom.

 

6-  Un accès aux marchés biaisé…

Les entrepreneurs eux-mêmes vous le diront, on donne difficilement les marchés aux entrepreneurs locaux. Les marchés ayant fait l’objet d’appel d’offre sont souvent attribués aux expatriés. Il parait qu’ils savent mieux graisser les pattes (lol). Bah du coup, les nationaux sont réduits à faire de même, ou à fermer boutique.

Pour avoir un marché, peu importe sa taille, il faut avoir “quelqu’un devant”, comme on dit. Sinon, n’allez cogner qu’aux portes de vos amis. Mais avant, assurez-vous qu’ils aient la décision.

contact@visezlalune.net ou visezlaluneblog@gmail.com pour travailler avec nous.

D’un point de vue étatique, les barrières à l’entrée pour les petites entreprises sont innombrables.  Celles que je viens de citer ne sont pas exhaustives. Il y en a tellement que parfois j’en ai le vertige. De l’étroitesse du marché, au pouvoir d’achat qui semble dégringolé de jour en jour, je me demande juste quand est-ce que les choses iront dans le sens que nous souhaitons.

Vous avez ici une liste de certaines difficultés que vous rencontrerez lorsque vous choisirez de vous lancer.

Cela ne doit pourtant pas constituer  une raison valable pour vous arrêter. Car, en dépit du manque d’informations dans les administrations publiques, ou de l’absence de financements, il existe des structures spécialisées dans l’accompagnement de jeunes entrepreneurs. D’où l’importance de vous faire incuber par exemple.

Être chez un incubateur vous offre des avantages non négligeables. L’incubateur va vous accompagner dans tous les aspects liés à la naissance et à la mise en place des process de votre boîte.

Allez à la recherche des informations. Et si vous n’avez pas le temps, déléguez. Mais, n’en faites pas une raison suffisante pour ne pas oser exprimer ce qui bouillonne en vous.

En attendant d’aborder l’aspect mentalité des gabonais, qui est la seconde partie de cet article, je souhaite du fond du coeur, féliciter tous les entrepreneurs qui se battent chaque jour afin de voir leurs bébés propulsés au firmament. Force à vous !

A très bientôt !

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