Accueil Hôtellerie / Restauration Fati Niang “Black Spoon-ish” Paris. Parcours et perspectives d’une véritable icône africaine.

Fati Niang “Black Spoon-ish” Paris. Parcours et perspectives d’une véritable icône africaine.

Par Maëlla Séna Kassa Mbenga

Un tweet me met sur la piste de Black Spoon. Un food truck, pionnier dans le secteur de la restauration rapide typiquement africaine dans la capitale française et même en Europe. À sa tête, Fati Niang. Une franco-sénégalaise de 37 ans, mère de 2 enfants et récemment installée à Dakar au Sénégal.

Titulaire d’un baccalauréat STT action administrative et d’un BTS action commerciale, elle a travaillé 10 ans pour un cabinet d’architecture, ensuite pour SUEZ Environnement avant de se lancer à son compte.

Fati NIANG est membre du réseau Entreprendre Dakar. Elle est lauréate du Prix Leadership Féminin 2017 décernée lors de la Journée de la Femme au Mali et Prix du Meilleur Entrepreneur Africain Féminin 2014 en France dans la catégorie “African’Elles”.

Elle a bien voulu prendre du temps sur elle pour répondre à quelques unes de mes questions. Au fil de l’entretien, je découvre également un projet sur lequel elle travaille en ce moment.

Je vous laisse découvrir une femme entrepreneuse africaine et visionnaire.

VisezLaLune: Bonjour Fati Niang. Parle-nous de Black-Spoon.

Fati NIANG: Black Spoon a été créée en 2013. C’est le premier food truck africain. C’est un concept innovant parce que ça n’existait pas avant. C’était aussi un projet pilote pour promouvoir la gastronomie africaine et faire connaître les plats et produits africains au travers de ce concept de food truck.

Depuis 2013, on se balade un peu dans les rues parisiennes. On fait également des événements grand public comme des festivals: SOLIDAYS, AFROPUNK… On fait aussi des opérations avec des partenaires comme les Galéries LAFAYETTE.

VLL : Une entreprise naît généralement d’un constat. Qu’est-ce qui a motivé la création de Black Spoon?

Fati NIANG: Je remarquais qu’il n’y avait pas assez de concepts de restaurants africains dans la région parisienne. Je constatais aussi que la nourriture africaine n’était pas assez mise en valeur. Alors qu’on a des produits extrêmement riches qui viennent du continent. Des produits qu’on n’a pas fait découvrir au reste du monde.

Et aussi, le positionnement de la gastronomie africaine par rapport aux autres cuisines était vraiment au dernier plan. On ne voit que la cuisine asiatique, maghrébine, grecque, indienne etc.

Il y a des restaurants à chaque coin de rue. Mais la restauration africaine est inexistante. On a 2 ou 3 concepts par-ci, par-là qui se battent pour se faire connaître. Mais c’est très minime. Là où on voit une centaine de restaurants asiatiques, on va voir un restaurant africain dans les parages.

A un moment donné sur le plan international, il fallait que cette gastronomie soit aussi reconnue que les autres. C’était ça mon leitmotiv en fait.

VLL: On va parler de la carte. Les plats que Black Spoon propose. Est-ce que ce n’est que de la cuisine typiquement sénégalaise? Ou bien ce sont des plats de plusieurs autres régions africaines, voire de l’Afrique entière?

Fati NIANG: Comme c’est un projet pilote, au départ on faisait un test. L’objectif c’était de présenter un plat de chaque pays d’Afrique. Tous les mois on mettait en avant un plat africain. Ça pouvait être sénégalais, ça pouvait être camerounais, ivoirien, etc. Tous les mois on devait changer. C’est ce qu’on avait établi avec le Chef. Sauf qu’on n’a pas pu le faire malheureusement, parce qu’on a dû se séparer du Chef quelques mois après la mise en place du concept.

Aujourd’hui c’est vrai qu’on s’est plus orienté vers la cuisine sénégalaise au niveau du food truck. Parce que c’est un petit camion et qu’on n’a pas la possibilité de faire plusieurs plats à l’intérieur. Mais l’objectif reste le même, il est inchangé. Dans le futur sur le développement de nos restaurants Black Spoon – c’est ce qu’on est entrain de mettre en place- l’objectif va être de proposer un plat africain soit toutes les semaines, ou tous les mois, on verra. Mais le but c’est de faire tourner, de faire connaître les saveurs d’Afrique.

VLL: Tu as quelque peu anticipé ma prochaine question. Quels sont les projets à venir avec Black Spoon? Quelle est la vision que vous poursuivez sur le long terme?

Fati NIANG: On avait, dès le départ, fait un plan d’action sur les 10 prochaines années. Au début c’était le projet pilote avec le food truck. Maintenant, ce dernier n’est dédié qu’à l’événementiel. L’objectif principal de Black Spoon c’est de créer une chaîne de restauration rapide typiquement africaine. C’est ce qu’on est entrain de mettre en place, en France et en Afrique.

VLL: Maintenant que vous avez ouvert la voix dans ce secteur, est-ce qu’il y a d’autres food trucks dans le secteur qui naissent pour vous concurrencer? Est-ce qu’il y a en a qui ont vu cette opportunité et qui tentent de la saisir?

Fati NIANG: Oui, complètement! Avec le buzz que Black Spoon a fait sur les médias, les réseaux sociaux, ça a ouvert beaucoup d’opportunités pour les autres food truckers.

Après Black Spoon, il y a eu pas mal de food trucks africains notamment: New Soul Food, Le Beau Caillou, African Gourmet au Luxembourg, un à Toulouse, il y en a un nouveau aussi à Paris, je sais plus trop le nom mais il est dans le 94.

Il y a eu énormément de food trucks africains depuis le lancement de Black Spoon et je suis contente. Parce que ça fait des émules. Ça fait plaisir de voir qu’on va créer une communauté autour de la gastronomie africaine, et que les uns vont proposer plus de l’africain, d’autres plus du caribéen… Ça permet d’élargir cette carte dans la région parisienne. On a besoin de plusieurs acteurs pour faire passer les messages. Un seul concept ne suffit pas. Il faut que d’autres s’y mettent et je suis bien contente qu’il y en ait qui veulent le faire.

Je veux juste préciser que vu le vide qu’il y avait avant, on ne peut pas dire vraiment que c’est de la concurrence. C’est quelque chose d’attendue et c’est important qu’on puisse être plusieurs acteurs à promouvoir la gastronomie africaine.

VLL: Désormais installée au Sénégal, tu es maintenant sur un autre projet qui s’appelle “De la graine à l’assiette”. Là également je vais demander pourquoi? Qu’est-ce qui motive ce projet?

Fati NIANG: “De la graine à l’assiette” c’est une suite logique à ce qu’on fait déjà. On veut avoir une maîtrise de nos produits. On veut aussi valoriser les produits africains qui viennent de l’Afrique, d’où l’agriculture. On souhaite aussi gérer toute une chaîne de valeurs depuis la production. Cultiver ces produits, ensuite les transformer, et enfin les commercialiser dans notre chaîne de restaurants. Avoir la maîtrise de toute la chaîne. Parce que, c’est important de valoriser un écosystème, de valoriser des femmes productrices, de créer de l’emploi ici en Afrique.

Pour nous, c’est vraiment un symbole très fort. Ce n’est pas que du commerce. C’est vraiment symbolique pour nous. Et puis, on reste toujours dans la food aussi. Tout ça c’est la nourriture. On ne s’éloigne pas du sujet.

VLL: Aujourd’hui quel est l’état d’avancement du projet?

Fati NIANG: Ça va faire un an bientôt que je suis au Sénégal. On avait d’abords besoin de s’imprégner de l’environnement. De comprendre aussi comment tout s’organise ici, parce que c’est vraiment différent de la France. Il nous fallait rentrer en relation avec un certain nombre de contacts et avec des organismes bien spécifiques pour nous accompagner dans les projets. Donc on était vraiment en phase d’étude depuis le mois de Janvier que je suis arrivée.

En même temps, comme je faisais encore mes plannings des événements avec Black Spoon, je faisais beaucoup d’allés et venus entre Paris et Dakar.

Depuis le mois de Juillet, je suis fixe ici à Dakar. Je ne suis pas repartie en France. La phase d’étude est quasiment terminée. On finalise la partie chiffrage et ensuite on va pouvoir actionner tout ça derrière. Au niveau du calendrier, ce sera prévu plutôt pour mi 2018, je pense. Si on y arrive avant c’est encore mieux. On a tout un tas de choses encore à mettre en place; les achats de matériels, etc. afin mettre tout ça en place.

VLL: Je trouve ça juste génial! Je viens aussi de découvrir que tu es ambassadrice pour la marque VLISCO. Peux-tu m’en dire un peu plus s’il te plait?

Fati NIANG: Eh ben dis donc, on peut rien te cacher hein? T’es au courant de tout toi (Rires). Merci déjà de trouver que notre projet est bien. C’est encourageant et ça prouve qu’on ne va pas vers la mauvaise direction. On est motivés.

Et oui, je suis ambassadrice VLISCO depuis cette année. Janvier, pour être plus précise. Ils m’ont choisie parce que je représentait l’afropéenne. Le métissage réussi entre l’africaine et l’européenne, et aussi par rapport à mes activités d’entrepreuneuse. Ils veulent mettre en avant la femme moderne, la femme en tant que tel, la femme entrepreneuse, la femme battante, la maman qui réussit, la maman élégante qui s’épanouit dans ce qu’elle fait. Ils m’ont choisi parce qu’ils estimaient que je représentais un peu tout ça.

Ils m’envoient tout un tas de tissus africains que je dois porter lors de mes représentations, de mes interviews, de mes conférences, de mes déplacements… J’ai un contrat annuel avec eux et ça se passe très bien. On a fait un shooting sur la nouvelle collection cet été à Paris. C’était une belle expérience. Je dois gérer toute la partie publication de tout ce que je porte sur moi sur mes différents comptes de réseaux sociaux.

VLL: Excitant tout ça! On va clore l’interview sur ton mot de la fin. Un conseil à l’endroit de la jeunesse africaine.

Fati NIANG: Il faut créer des employeurs pour créer des emplois. Donc j’encourage la jeunesse a entreprendre. C’est le modèle économique de demain. C’est ça qui va faire qu’il y aura moins de chômage en Afrique. Il faut que les gouvernements s’organisent pour accompagner la jeunesse dans l’entrepreneuriat. C’est ce que je fais un peu ici à Dakar depuis quelque temps. Je suis rentrée dans un réseau où on accompagne des jeunes à créer leur entreprise, à trouver des financements pour eux afin qu’ils réalisent leurs projets. Derrière ça crée de l’emploi. Donc ça a un impact social positif. Je suis dans cette dynamique.

Ce que je peux dire à la jeunesse c’est : “Ne vous lancez pas comme ça dans l’entrepreneuriat. Essayez d’avoir une stratégie, une méthodologie pour bien le  faire. Pour que votre société soit pérenne et dure dans le temps”. Voilà mon conseil à la jeunesse. Si c’est mal fait on perd de l’argent, de l’énergie, on perd beaucoup de choses et c’est dommage. Plus on est préparé, mieux c’est fait.

VLL: Merci Fati NIANG d’avoir bien voulu me faire une place dans ton emploi du temps que je sais chargé. Je vous souhaite, à ton partenaire et à toi, de réaliser ce projet. Je ne manquerai pas de relayer son lancement ici sur ce blog qui est d’abord le vôtre.

Fati NIANG: Merci à toi pour cette interview, merci de publier nos différents projets et leur avancement. Je crois comprendre que tu es au Gabon, j’y étais il y a une an à peu près. J’ai adoré. Passe le bonjour à tous les gabonais.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter +d'infos